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Penser le genre catholique

Penser le genre catholique

Ce blog cherche à réfléchir sur la place des corps et des sexes dans les enjeux de sécularisation auxquels doit faire face e christianisme occidental à l'époque contemporaine (XIXe-XXe), et plus spécifiquement la tradition catholique, depuis les années soixante (second féminisme, révolution sexuelle, émancipation des minorités sexuelles). Il s'intéresse également aux expériences militantes et associatives qui portent ces questions au prix d'une remise en cause des normes.

PREMIERS PAS sur le blog

Ce blog se veut un lieu de réflexion sur le genre dans le catholicisme dans ses deux dimensions :

  1. comment l'Église catholique parle des études de genre — selon une problématique classique de la réception d'un savoir exogène au patrimoine culturel chrétien ?
  2. comment les études de genre peuvent-être tendues comme un miroir au catholicisme permettant de le comprendre et de l'analyser ?

Acclimater le genre en paysage catholique

Penser le genre catholique est né en 2010 du constat d'une relative ignorance dans les milieux catholiques, même intellectuels, des études de genre et la dominance d'une littérature plus polémique que scientifique. Alors que j'entamais moi-même un doctorat (histoire moderne et contemporaine) avec un axe genre sur un objet d'étude catholique (la JOC-F dans les années 1950-1980), je découvrais l'ampleur de cette littérature hostile aux études de genre dans les cercles intellectuels ou militants catholiques. Les débats publics autour du nouveau programme de biologie pour les premières ES et L m'ont convaincu qu'il fallait rendre publiques mes différentes réflexions sur ce qui peut être vu comme un des fronts les plus conflictuels actuellement entre le catholicisme et la société. Depuis, les choses évoluent, plusieurs initiatives surgissent çà et là pour se demander s'il y a une incompatibilité foncière entre les études de genre et les sciences religieuses catholiques.

Qu'est-ce que le genre ?

Nous entendrons sur ces pages le genre comme un outil des sciences humaines et sociales qui appelle à séparer conceptuellement les données naturelles de leurs réappropriations culturelles et anthropologiques (la différence sexe/genre) mais également la façon, plus large, dont un groupe social, culturel ou religieux construit la différence des sexes et la hiérarchie entre ce qui est légitime et ce qui ne l'est pas (le genre catholique pour nous ici). Le genre n'est pas circonscrit à la seule sphère des sciences humaines et sociales. Une biologiste comme Anne-Fausto Sterling a pu montrer combien les sciences dures sont elles aussi soumises à la loi "du genre" et construisent nos représentations sur ce qu'attend la société des hommes et des femmes.

Script d'une présentation des études de genre lors d'un débat contradictoire autour de la notion ayant eu lieu à la paroisse Saint-Honoré d'Eylau (Paris XVIe) en juin 2013.

Argument du blog

Penser le corps catholique dans un monde sécularisé : un point encore aveugle?

Loin de souscrire à des schémas d’interprétation trop simplificateurs car, englobant des réalités et des groupes sociaux trop importants, nous voudrions porter plus particulièrement notre regard à une échelle plus lisible : les enjeux des corps et des sexes, en contexte chrétien, et plus particulièrement catholique et occidental (Europe et Amérique du Nord). Pourquoi ? En Occident, les question de l’égalité des sexes, de l’émancipation des corps et de la sexualité d’un cadre strictement légaliste et hétéronormé pour s’ouvrir à une dimension d’épanouissement personnel, et du développement des techniques médicales qui questionnent les limites du vivant, nous semblent au coeur, même si elles ne sauraient entièrement les résumer, du dialogue entre démocratie libérale et christianisme.

Il est facile de relever combien certain enjeux : préservatifs, sexualité hors mariage, dépénalisation de l’homosexualité, homomariage et homoparentalité, contraception chimique et médecine abortive, euthanasie, insémination artificielle, concentrent le plus de tension, de débat et d’opposition. La sociologie du christianisme, dans la seconde moitié du XX° siècle, doit faire face au surgissement d’un débat qui tranche par rapport aux décennies précédentes (les positionnements sur les grands systèmes politiques et idéologiques par exemple). En contexte français, on avance souvent la date de 1968 pour signifier ce basculement. "Mai 68" c’est tout autant un événement à haute valeur symbolique républicaine - les manifestations étudiantes qui ont poussé la société française à interroger ses cadres sociaux sur la rhétorique de la «révolution» - qu’un événement catholique avec la promulgation par Paul VI, à l’encontre de la dynamique conciliaire la plus ouverte, de l’encyclique Humanae Vitae qui interdit aux couples catholiques le recours à la contraception chimique. Ce mouvement n’est pas propre à l’Occident européen, les enjeux de positionnement autour de la culture « pro-life » traversent également les églises nord-américaines.

C’est dans le corps et son bon usage que se tracerait désormais la frontière entre les catholiques du magistère et les sociétés non chrétiennes ou anciennement chrétiennes, et, particulièrement en France, où l’essentiel des querelles autour du régime (républicain et laïc), de la scolarisation, de l’organisation du culte s’est apaisé au XX° siècle... La «fin des idéologies» et l'avénement d’une société post-moderne expliquent sûrement que les «grands débats» du XX° siècle ont déplacé le lieu de l’utopie politique, de moins en moins perçue comme système idéologique mais comme politisation du quotidien, du local, du personnel. Les Églises chrétienne sont désormais jugées, quitte à n’être résumées (à leur corps défendant souvent) qu’à cela. On évalue en permanence leur degrés d’ouverture aux problématiques contemporaines nées du second féminisme, de l’émancipation sexuelle et des questions de bio-éthique. Leurs paroles suscitent facilement contreverses comme le révèle à échéance régulière les «polémiques» autour des propos de Rome sur le préservatif, la sexualité ou la contraception.

Sans apporter de réponses globales ou approcher dialectiquement le problème jusqu’à sa résolution (raison du monde vs. raison d’Eglise), nous aimerions réfléchir ici librement à ce phénomène. Existe-t-il une « politique des corps et des sexes » catholiques inconciliable à la modernité démocratique qui a placé sur la place du négociable légal et démocratique ce qui était réglé jadis dans l’évidence du privé moral et religieux ? Sommes-nous juste face à une crise d’ajustement semblable à celle du XIX° où il fallut, entre autres exemples significatifs, un long travail d’acculturation catholique avant d’accepter la mise en place des régimes libéraux et démocratiques et abandonner les penchants absolutistes et monarchistes ? Toutefois, l’ampleur que prend cette défense dans les travaux et les discours magistériels témoigne du caractère « non négociable » qu’ont acquis certaines problématiques au sein de l’appareil ecclésiastique nous amène à déplacer notre interrogation. Vers où ? vers l’institution elle-même qui, prenons-le également, comme hypothèse, se fonde sur un rapport particulier, dont il conviendrait tout autant aux penseurs du social qu’aux spécialiste de la psychologie d’interroger, à ce corps sexué, et sexuel, vu sous les yeux de la suspicion suprême et de la culpabilité ? C'est comme si l'éthique sexuelle maintenait l'institution en contexte sécularisé.

Les hypothèses en présence sont nombreuses et pas forcément aisément abordables tant la culture « militante » les étouffe et les clive parfois violemment. Pour les partisans les plus fidèles du magistère catholique, et se reconnaissant sous l’étiquette de « l’Évangile de Vie » que l’on voit apparaître à partir des catéchèses de Jean-Paul II au début des années quatre-vingt, le changement social ne saurait remettre en cause l’enseignement traditionnel. Bien, au contraire, du point de vue des dirigeants catholiques, la défense de ce dernier deviendrait même un enjeu majeur et prioritaire au point de justifier l’engagement politique premier des acteurs catholiques et limitant l'exercice de leur mandat dans le cadre de sa défense. Dans le mouvement du dernier tiers du XXème, il se serait érigé comme l’élément discriminant par excellence - et affichée comme tel - de l’identité catholique par rapport aux générations précédentes (engagement par l’action catholique dans les réalités sociales par exemple) ou à la génération marquée par la théologie plus libérale et optimiste du Concile Vatican II (1962-1965). D’un autre côté, les enquêtes et sondages d’opinion parmi les catholiques ‘culturels’ et ‘non-pratiquants’ révèlent le hiatus grandissant entre cette crispation pastorale et magistérielle et les pratiques et les valeurs réelles. Certains acteurs catholiques cherchent à faire entendre une voie divergente et pointent du doigt les départs silencieux et répétés de personnes blessées par un enseignement dans lequel elles ne se reconnaissent plus. Cet univers est aussi complexe, peuplé de croyants se fiant à la vérité institutionnelle mais critiquant la «formulation» et le «discours» mais aussi de croyants critiques en situation de dissonnance cognitive ou de malaise plus ou moins conscients. Dans la société la plus éloignée ou plus héritière d’une tradition anticléricale et anticatholique française, les thématiques prennent des accents les plus durs, le magistère étant ramené à une force réactionnaire qu’il convient d’ignorer si ce n’est combattre.

Pistes à ouvrir

C’est donc tout un champ social qui s’ouvre à nous et qui fait encore l’objet d’une étude gênée, peu prise au sérieux, secondaire, et peu valorisante. Le surgissement d’une parole, même de celle qui s’affiche apaisée et descriptive par méthode, reste suspect des pires intentions même s’il révèle sûrement en retour l’importance de l’axe d’étude. Nous aimerions ici, partant de l’actualité, d’analyses, de publications et de parcours biographiques significatifs, questionner les rapports complexes entre le genre, la sexualité et la culture catholique en contexte contemporain. Nous disposons désormais d’assez de jalons pour organiser nos réflexions selon plusieurs pistes :

  • Dans les discours des acteurs catholiques, il est assez repérable qu’il y existe une emphase sur les enjeux liés aux questions de morale sexuelle. Comment s’organisent ces discours ? quels aspects du «savoir-pouvoir» peut-on retrouver dans ces discours ? par quelles constructions intellectuelles et par quels champ référentiel, les acteurs magistériels catholiques permettent-ils de justifier des positions en dissonance avec les discours et les valeurs dominantes, mais également parfois les législations et les valeurs des Etats ? Pscychologisation, pathologisation, millénarisme parfois, comment un discours de la tradition s’arme-t-il d’arguments et de références issus de notre modernité? Du terme de «lobby» utilisé à usage seulement externe (sans considération pour sa dimension démocratique positive ni pour son propre emploi par les nonciatures) aux dénonciations de «l’idéologie du genre» au nom de «l’évangile de vie», comment se construit le discours d’une institution qui se sent menacée ?
  • Comment fonctionnent les négociations permanentes entre le magistère catholique et l’expérience catholique ? Comment se situent ceux qui sont en dissonance cognitive au sein de l’institution ? Comment vivre à la marge ? La compréhension du religieux devient encore plus riche par l’étude de ce qui l’excède que celle de ce qui le définit officiellement. Au-delà du magistériel, dans les franges du croire, du catholique institutionnel, dans le culture ou la contre-culture catholique, il faut peut-être investir comme objets d’études les nouvelles formulations théologiques, les expériences, les dissidences, les autres voies militantes qui définissent en retour l’orthodoxie aujourd'hui et apporteront peut-être les changements de demain. Les théologies féministes & queer seront pour nous une source particulier d’intérêt. Cela porte bien entendu notre regard sur des phénomènes plutôt minoritaires numériquement et symboliquement mais socialement extrêmement intéressants. Les groupes sociaux contestataires en paysage catholique vivent dans un entre-deux très complexe défini, d'un côté, par un Magistère et des autorités qui les accusent de ne plus être dans la communion d'Eglise et, de l'autre, par leur souhait manifeste de ne pas se convertir à une autre religion et défendre non pas un autre catholicisme mais un catholicisme autre. La question n'est pas de savoir si idéologiquement, ils ont "tort" ou "raison", mais de les voir, avant tout, comme les éléments, certes dissidents, mais nécessaires d'un corps social et de se demander comment ils parviennent à négocier ce qu'on peut appeler une "dissidence responsable".
  • Comment se construit le genre catholique, le rapport hommes/femmes dans ses dimensions symboliques et religieuses qui conforte les pratiques sociales ? Y a-t-il une spécificité du genre catholique avec ses emboîtements de féminités (la femme, la vierge, la mère) et de masculinités (l'homme, le prêtre, le père) ? Que peut révéler la comparaison avec d’autres confessions chrétiennes ? Si le "féminin" catholique est un secteur de surinvestissement intellectuel, quid du masculin catholique et romain ? L'emphase cléricale à parler de "la" femme ne porte-t-il pas en creux une certaine conception du masculin ? Combien ce dernier trace-t-il son sillon particulier dans une modernité qui n'a pas vraiment libéré le masculin de l'activité sexuelle ? La continence masculine catholique est-elle subversion ou sommet du patriarcalisme ?

Organisation du blog

Le blog, comme le veut le genre, fonctionne selon un principe chronologique : il amalgame au fur et à mesure de mes réflexions et des comptes-rendus de lecture. L'onglet "Archives" permet de saisir l'évolution de cette réflexion.

Afin de faciliter la recherche de l'information, j'ai produit une page de sommaire qui reprend les différents billets parus en quatre catégories :

  • "Nous avons lu..." : notes de lecture, recensions, réactions à une lecture.
  • "Analyse" : une réflexion sur un thème précis.
  • "Opinion" : une réflexion qui assume son caractère engagé et personnel.
  • "Ex libris" : les bonnes pages de mes lectures sur le genre catholique.

Certains billets se lisent dans une série. Dans ce cas-là, je les rassemble dans un "Dossier".

Publié par Anthony Favier